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18/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 46

Le regard de Kleworegs était encourageant, malgré une affectation de brûlante sévérité. Il sursauta. Il ne doutait plus. Il n'était pas encore mort. Depuis qu'il avait posé les yeux sur lui pour lui délivrer sa condamnation, il en avait eu la confuse appréhension. Elle avait dormi en lui, vague, nébuleuse. Il n'avait jamais su, tout au long de son calvaire, si elle était fondée ou s'il s'agissait d'un chemin de traverse pris par son imagination pour fuir la mortelle réalité.
Ce simple regard, où tant d'autres n'auraient vu qu'une sentence de mort sans appel, avait transformé son fol espoir en une virtualité ne demandant qu'à prendre corps. Il ferait tout pour qu'elle se réalise. Il sortirait vivant de l'épreuve. Cette certitude intime l'envahit. Il se retint pour ne pas éclater en sanglots. Ce serait le comble s'il ne bridait pas ce réflexe idiot. Il passerait pour lâche devant la mort, quand il n'était que soulagé et joyeux devant la perspective d'être sauvé... Sans compter, suprême ironie, que ses larmes, mal comprises ou mal interprétées, pouvaient, cette fois, lui valoir une mort sans appel. On ne pardonne pas aux couards.
Il fit un énorme effort. C'était vital. Il parvint, à l'ultime seconde, à les refréner. Juste à temps. Un des vétérans s'approchait.
Il désentrava ses pieds et libéra ses jambes. Son chef fit s'écarter les captifs. Ils ne verraient ni entendraient rien de ce qui suivrait. Un guerrier ne meurt pas de la main des siens devant des gens d'un statut inférieur, encore moins devant des étrangers et des captifs. Ce n'était pas le pire. Il pouvait flancher au dernier moment, hurler, implorer pitié. Il n'y croyait guère. Il n'était pas de ceux qui faiblissent à l'heure de vérité, et s'y dégradent... Il n'avait pas le droit d'en négliger le risque. Quelle honte si les yeux malveillants des Muets surprenaient un tel accès de faiblesse ! Les guerriers admirent les raisons de ce surcroît de travail. Sans maugréer ni protester, ils les rassemblèrent et les forcèrent à s'asseoir derrière les chariots de butin.

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