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05/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 45

La vue de l'arbre changeait tout. Tous les guerriers, même ceux qui avaient témoigné de la plus mesquine hargne à son encontre, se turent. La vision du bois sacrificiel se découpant dans le ciel parcouru de traînées sanglantes annonçait la mort prochaine d'un des leurs. Le jeune homme dodu n'était pas un bon camarade. Ils ne le connaissaient guère... Ils se mettaient à le regretter, à regretter leur attitude. Elle avait été, Kleworegs avait raison, indigne. Bien des négligents exilés à l'arrière-garde, y compris les plus durs envers lui, se jurèrent, sur cet homme qui allait mourir (serment solennel et contraignant), d'exercer leur vigilance avec un zèle accru. Il y avait peut-être dans ces décisions de la peur. Il y avait surtout le sentiment, d'autant plus fort qu'ils l'avaient houspillé avec plus de violence, qu'ils auraient pu être à sa place, et moins bien se tenir. Celui qui allait périr avait été courageux, un peu féroce, même, mais cela ne messied pas à un vaillant combattant. Il ne se liait pas. Il était taciturne et distant. C'était sa nature. Personne ne pouvait prétendre qu'il lui avait, sauf la veille, fait du tort. Aux ennemis, oui, mais sont-ce des personnes ? ... Et c'était son devoir de guerrier. Nul ne devrait salir sa mémoire quand il aurait expié.

Kleworegs ressentait, en empathie, ces tempêtes sous leur crâne. Les captifs se réjouissaient. Un drame plaisant se déroulait sous leurs yeux. Ils n'avaient pas tous les jours l'occasion d'assister à l'exécution d'un ennemi. Seule la crainte que leur joie mauvaise n’entraîne des représailles les dissuadait de la manifester plus fort. Que le maudit soit tué par les siens n'ôtait rien à leur plaisir. Seuls les plus courageux et les plus récents, impatients dans leurs liens, boudaient leur joie. S’ils avaient pu l'expédier eux-mêmes chez ses pères ! Ce bonheur leur était interdit. Ils se contenteraient du spectacle. La mort d'un oppresseur est toujours agréable.
Il ne fut pas long à percer ces sentiments. Il y mit le holà. Ils n'assisteraient pas au supplice. Pour les empêcher d'en rien voir, il installerait autour d'eux, leur bouchant la vue, un cordon de chevaux et de chariots, et les éloignerait au maximum du gibet... C'était la moindre des précautions.
Ils étaient arrivés au pied de l'arbre. Il mit pied à terre, et tous après lui.

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