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25/06/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 36

Il avait assisté à nombre de cérémonies propitiatoires et de sacrifices. Les prêtres, vêtus d’une longue bande de lin écru leur couvrant le bas-ventre et leur barrant le torse, laissant à nu la poitrine et l’épaule, côté cœur, officiaient et dédiaient un porc bien gras ou un bélier à l’épaisse toison à Bhagos le distributeur ou au divin couple-fratrie de la nature, à Thonros le dieu des combats ou à Dyeus Pater, le père jour. Chaque fois, il avait remarqué la ressemblance entre le moment du sacrifice et celui où, entouré de ses assistants, il fondait le métal et le forgeait en mille formes agréables à Thonros. Ses vêtements (il portait un lourd et épais tablier de cuir pour se protéger des escarbilles et du brasier de sa forge) et son autel étaient différents, ainsi que sa coupe de cheveux et de barbe, très longs et libres chez les prêtres, raccourcis avec soin chez eux. Garder un système pileux abondant, sauvage, gras, au milieu de flammèches et d’étincelles indisciplinées, était folie. Pour tout le reste, pour l’essence de la fonction, pour tout le rituel et l’appel aux dieux, il y avait plus qu’une similitude, une réelle parenté qu’ils devraient admettre un jour. Il faudrait résoudre ces histoires de barbe et de cheveux longs, signes distinctifs de l’élite, véritable handicap pour eux, en contact quotidien avec l’élément igné... On pourrait les protéger sous un casque et un plastron. Ce n’était ni fondamental ni urgent. Il en parlerait à Egnibhertor, son rival pour la qualité des armes, mais aussi son meilleur ami, homme de très bon conseil.
Il considéra longtemps son glaive, planté en terre, et celui qu’Egnibhertor, étendu à trois pas, arborait (une tolérance) au côté. Ils étaient, comme le reste de leur production, à leur image. Ses armes étaient massives, faites pour des guerriers tout en muscles durs et puissants à briser une lanière rien qu’en les gonflant. Celles d’Egnibhertor, plus fines, convenaient à chacun, de l’adolescent à sa première campagne au vétéran recru d’années et au bras moins sûr. Les seconde caste ne prisaient rien tant que la force pure. Ils préféraient de loin les massifs glaives, les lourdes haches, les énormes massues. Il recevait la pratique de ceux qui se targuaient d’être les meilleurs, les plus hardis combattants.
Ces hardis combattants, à l’usage, en rabattaient beaucoup de leurs prétentions et se rabattaient, avec sagesse, sur les armes légères, bien plus maniables. Tant pis si elles étaient plus fragiles. Leurs glaives respectifs allaient à deux genres de guerriers. Deux athlètes se mesuraient en duel, le porteur des siens l’emportait, sans coup férir, sur le champion de celles de son rival. Un combat singulier opposait deux hommes de force moyenne, la victoire revenait à celui qui en maniait un ouvré par Egnibhertor. Avec de bons réflexes et un minimum d'agilité, il avait dix fois le temps de tuer son adversaire avant qu'il ait même eu le temps de se mettre en garde. Les glaives de Pewortor étaient des armes de chefs et de héros, de parade et de tournoi. Ceux de son rival, des armes. C’est pour cela que l'un avait accédé si jeune à sa haute dignité.

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