Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

23/06/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 34

Pour les guerriers, ils étaient un mal nécessaire ; pour les prêtres, des usurpateurs potentiels. À leur instigation, ils étaient toujours placés en arrière-garde quand les guerriers toléraient que certains, joyeux compagnons, chevauchent à leurs côtés. Ils les auraient voulus à pied, marchant tête basse dans le crottin … C’était bon pour les captifs… Eux libres, les autres liés ? … C’était leur marquer trop de mépris… Au moins cachés dans les chariots… Impossible, ils étaient pleins. Alors, derrière, tout derrière. Un forgeron sur un cheval offensait par trop leur vue. En queue de troupe, ils ne l’avaient pas sous les yeux et, bien qu’au courant du scandale, affectaient d’en moins souffrir.
Kleworegs les avait comparés devant lui, un soir de beuverie, à ceux qui acceptent, tout pénible que ce soit, d’être trompés, à condition de ne pas voir leur rival couché avec leur épouse. Il avait entendu, apprécié, réfléchi. Le mot était beau, mais il était un luxe de roi. Lui n’était que wiros. Il ne s’était pourtant pas fait faute de le répandre... Prudent, il avait remplacé épouse par servante. On châtie un blasphème. On rit d’une facétie. Ainsi accommodé, il n’était plus qu’une inattaquable saillie.
Kleworegs, de temps à autre, lui parlait comme à un égal. Son attitude l’honorait... Lui seul. Elle titillait sa vanité. C’était trop facile. Il ne se laisserait pas prendre au piège de cet os à ronger. Il attendait plus. De tous ceux de sa condition, il était le plus acharné à revendiquer le statut de guerrier. Cette prétention, surtout venant de sa bouche, aurait pu passer pour tolérable, tant le colosse en semblait digne, s’il l’avait réclamé pour lui... Mais il en voulait pour tous ceux qui, de près ou de loin, travaillaient le métal en vue d’en faire des armes. Il prétendait devant tout un chacun, sous le moindre prétexte, qu’un forgeron était lui aussi un guerrier... N’hésitait pas, entouré d’amis sûrs, à aller beaucoup plus loin : ils étaient égaux, voire supérieurs, aux prêtres. Ils cumulaient les fonctions des deux castes de neres : accomplir des prodiges par la force divine, et combattre.
Il l’avait mainte et mainte fois expliqué aux autres forgerons. Ils étaient trop souvent enserrés dans leur routine médiocre. À force de leur coller à la peau, elle leur était devenue une seconde nature, un cocon où ils se sentaient à l’aise. Enfants ils l'avaient observé, adultes ils avaient passé devant sans plus le voir : de fragiles oiselets des fleurs, qui ne sont qu'ailes, brisaient leur coquille, s'en extrayaient, s'envolaient l'instant d'après. Rouvres humains, moins vaillants que ces fétus, ils en avaient perdu la force, ou l'instinct. Ils finiraient par savoir ce qu’ils étaient, ce qu’ils valaient.

Les commentaires sont fermés.