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22/06/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 33

Prêtres, guerriers, auxiliaires avaient pris leur collation ensemble, regroupés autour du massif chêne. Pendant que les porteurs d’armes somnolaient sous l’arbre sacré (deux fois sacré pour posséder, outre son caractère de divinité hospitalière décelé par les robes de lin, celui d’une sentinelle avancée de son espèce et d’un combattant aux avant-postes, à la prééminence reconnue et célébrée par tous ceux qui le croisaient), les forgerons et leurs satellites, sitôt terminé le repas pris en commun, ou plutôt côte à côte, s’étaient installés plus loin. Ils étaient ensemble, oisifs ou affairés selon les contraintes de leur art, un peu au-delà de son ombre.
Comme à chaque halte, les charrons avaient vérifié les roues et les bâtis des chariots. De temps en temps, l’un d’entre eux jurait d’un ton sourd, entre ses dents, devant une fatigue inattendue du bois ou le risque lointain, mais contre lequel il jugeait nécessaire d'agir sans tarder, d’un bris d’essieu ou de lâchage d’un tenon. Les forgerons, passés les combats, n’avaient rien à faire. Ils lézardaient aux rais ardents.
Allongés, mains croisées sur le ventre, ils l'évaluaient. Ils le regardaient avec la même fascination que le reste de la troupe, mais de tout autres, et prosaïques, pensées. Lui, une manifestation du sacré ? Des rondins et une montagne de bois de chauffe... Un magnifique sacrifice à Wulkanos, le dieu forgeron, et à ses aides Pewor et Egnis, les jumeaux du feu ! Combien de forges, creusets de belles et bonnes armes, alimenterait-il ! Leurs visages ne témoignaient toutefois que de leur joie et de leur admiration, sans rien trahir de ce qui les motivait. S’ils avaient osé l'exprimer, tous les autres eussent hurlé au sacrilège et à l'abomination... Leurs superstitions infâmes allaient attirer un malheur sans recours ! ... Et qu'est-ce que c'était, ces dieux jumeaux ! Les neres auraient eu tort de le leur reprocher. Ils avaient à leur instar chacun leur paire divine tutélaire. Prêtres comme guerriers étaient dans la main de dieux à double visage. Eux aussi allaient par deux, même sous une autre forme !
Avec quel plaisir, malgré son admiration pour le colosse, Pewortor aurait-il vu le feu de Perkunos, le seigneur de l’orage, le consumer jusqu’aux racines. Ça n’aurait pas manqué de rabattre l’orgueil des neres, qui l’avaient adopté. Ils ne supportaient pas, ou mal, les maîtres de la pierre qui fond et prend mille formes. C’était sans regrets ni scrupules. Ceux-ci en avaient, avec en plus une bonne dose d’envie, autant à leur service. Ce sentiment, partagé, des neres, prenait des formes bien différentes dans l’une et l’autre caste.

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