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17/06/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 28

Tous, les captifs les premiers, s'assirent au pied. A peine installés, on leur délia les mains afin qu'ils prennent leur pitance. Deux des leurs leur préparèrent un brouet d'orge, d'aspect peu engageant. Les guerriers prétendaient qu'ils aimeraient mieux mourir de faim que le humer. Leurs prises s'en trouvaient pourtant fort bien.
Négligeant cette provende de bétail, ils se jetèrent avec voracité sur la venaison séchée, leur ordinaire. Découpée, pour une meilleure conservation, en minces et longues lanières, cette chair d'un rouge presque brun dégageait un fumet à mettre en appétit les plus difficiles. La ration pour la halte disparut en un clin d'œil.
Repus, ils se tapèrent sur le ventre. Séchée avec amour au soleil ou au-dessus des braises, cette viande était leur délice. Ils en payaient le prix. Leur peau, comme celle des forgerons qui mettaient un point d'honneur à se nourrir des mêmes mets, avec encore plus de voracité, avait, sous le hâle, l'aspect malsain et rosâtre de celle du pourceau gavé. Aussitôt leur chère engloutie, ils furent pris de torpeur. Une grande partie s'allongea en vue d'une bonne sieste. Elle favoriserait leur difficile digestion peuplée, troublée, de rots, d'épaisses flatulences, de gargouillis à réveiller un mort. Les forgerons n'oublièrent pas, malgré leur somnolence, d'entraver les poignets des captifs. Ils partirent s'étendre. Aux quelques guerriers encore debout d'assurer leur garde ! Aucun, pourtant, ne manifestait la plus légère velléité de fuite.
Kleworegs - le chef doit mépriser les faiblesses humaines - et le prêtre principal - il avait juste grignoté - n'avaient pas cédé au sommeil. Ils s'étaient adossés au massif tronc craquelé. Kleworegs caressait avec volupté la rude écorce. C'était la peau d'un très vieux guerrier, marquée et griffée par les intempéries comme celle du héros l'a été par les furieuses, mais vaines, attaques des hommes. Le jour viendrait où, pour célébrer son grand âge et sa vaillance, il serait lui aussi comparé au chêne que nulle force, hors la foudre divine, ne peut abattre. Le prêtre remuait dans sa tête un obscur point de théologie. Tous deux vinrent en même temps au bout de leurs pensées. Le porteur de lin toussota.

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