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03/06/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 24)

Son armée allait sans hâte, au rythme des pas entravés de ses captifs recherchant une moindre fatigue. Ils ne songeaient à le leur reprocher. Elle était de leur intérêt. Un bétail – ce qu'ils étaient – exténué par les marches forcées s’use vite et sans profit pour personne.
Pourquoi irait-il les épuiser ? Sa troupe les avait capturés et leur avait volé leur liberté au prix de mille périls. Il était trop sage, trop respectueux envers ses efforts et ses peines, pour déprécier le butin. Même écervelé et ne songeant qu’à retrouver son foyer quitte à y laisser la moitié de ses prises, il ne se serait pas pressé. Lui et les siens étaient recrus de fatigue. Certains, hâves, traits creusés, maugréaient : l’allure était encore trop rapide ! Ils chevauchaient pourtant, comme il sied à tout guerrier. Même ceux qui, dans la fureur des assauts, avaient eu leur monture tuée sous eux, avaient récupéré au cours du long raid un de ces précieux animaux, d’allure plutôt chétive, et indociles, sans lequel ils se seraient sentis mutilés.
Voilà déjà plusieurs jours (un quartier de la Brillante, selon le prêtre) qu’ils étaient de retour au pays, où depuis longtemps même les Muets les plus audacieux n’osaient pénétrer. Pourquoi se presser, comme dans la crainte d’une encore possible embuscade ? Une telle angoisse saisit parfois quand on revient, enrichi mais aussi hélas alourdi d’un riche et bon butin, au sein d’une région hostile. Irraisonnée et lui faisant à présent honte, elle ne l’avait pas quitté, jusqu’à son arrivée en Aryana, après la réussite de son plus beau raid. Le danger passé, sa tension était retombée. Il laissait chacun reprendre ses forces et lambiner. Il en avait grand besoin lui aussi.
Il laissa son regard errer sur la plaine. C’était sa terre, celle de son peuple, libre de toute présence hostile depuis deux générations. Aucun risque n’existait plus de voir surgir une noire bande de Muets, surtout en cette saison d’herbes sèches et jaunissantes. Ces maudits n'y songent qu’à retourner dans leurs camps lécher leurs plaies, pleurer leurs morts, ruminer leur honte, d’autant plus amers qu’ils savent ce destin inéluctable comme le retour des saisons. Quant à ses frères, aucun n’aurait songé à l'agresser. Plus encore que son aspect imposant et la détermination de ses guerriers, sensible malgré leur fatigue, l’honneur et la solidarité entre clans le prohibaient. Si, inconcevable obscénité, l’un d’eux, frappé de la folie du mange-miel ou devenu loup, avait tenté de l’assaillir, il aurait dû n'en pas laisser vivre un seul. Le rescapé, suivi de tout son peuple honteux de cette démence et avide d’en laver la souillure, serait sinon revenu s’en venger. On eût rejeté de partout et traqué jusqu’à ce que nul n’en subsiste ce ramassis de fauves. Ils s’étaient par ce forfait retranchés du genre humain. Leur chasse était ouverte.

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