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01/07/2007

AUBE, SAGA DE L'EUROPE, 41

D'abord, symbolique, mais vexant au dernier degré, il mit tous les jeunes coqs qui avaient failli en arrière-garde, non avec les auxiliaires, qui s'étaient bien battus et n'auraient pas supporté les bannis à leurs côtés, mais derrière eux. Ils étaient tous de bonne lignée. Leur condamnation à la surveillance des captifs les marquerait longtemps. Ils se rappelleraient, désormais, qu'il ne suffit pas de fixer les armes semblant surgir du néant. Il est plus important, sinon vital, d'en définir la provenance. Ce séjour dans la garde-chiourme, tout en queue de troupe, valait une lune d'explications.
L'affaire des gardes mal aguerris était réglée. L'humiliation suffirait. Il n'aurait pas à les sanctionner plus avant. Il laissa cependant planer cette menace pour briser l'orgueil des éventuels plus endurcis. Ils ne pouvaient s'imaginer ce qui, à part la mort, serait pire que leur honte actuelle.
Restait le plus coupable. Un malin. Il avait détourné sa colère sur d'autres moins fautifs, et s'en était fait oublier au plus fort de son courroux. Calmé, il le regardait, dubitatif. Quel sort lui infliger ? La gravité de sa faute l'exposait à un très sévère châtiment. Il avait le droit de le faire mettre à mort. Bien des chefs de sa connaissance n'auraient pas hésité. Il n'était pas d'une nature sanguinaire. S'il avait tué, il s'en vantait assez, plus de cinquante ennemis de sa main, cela avait toujours été dans la chaleur du combat ou face à un défi si insupportable qu'il ne méritait d'autre réponse que la mort de l'éhonté. Il n'avait pas le droit de priver sa tribu et son peuple d'un homme rusé, sans doute courageux. Le garçon ne devait pas périr pour sa faute stupide. Dieux merci, la punition à infliger à un des siens, pour une telle affaire, était de son ressort. Il avait toute latitude d'appréciation. Il n'avait le sang d'aucun de sa tribu sur les mains. Puissent les dieux lui laisser cette virginité !
Au moment où il avait commencé à l'interroger, Kleworegs l'avait regardé droit dans les yeux. Dans ces yeux qui ne se baissaient pas, dans ce regard qui ne cillait pas, il y avait (il en aurait juré) un inextricable mélange de sentiments : la reconnaissance de sa culpabilité, l'acceptation de sa punition, mais aussi un défi, un « Tu n'oseras pas me faire mettre à mort ! » . Il y avait encore le désir de savoir à quoi elle ressemblait, et la jouissance à l'affronter, s’il perdait son pari sur l'indulgence de son roi.

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