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01/06/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 23)

Pourquoi se mentir ? Ils étaient de fameux combattants. S’il avait posé la question à ses guerriers, beaucoup auraient dû, tout rouges, reconnaître qu’ils étaient là, bien vivants et intacts, pour avoir été dégagés et sauvés d’une mort inéluctable, au plus violent des combats, grâce à eux. Ils savaient leur virtuosité. Malgré leur origine, ils se servaient de leurs glaives comme des vétérans.
Pendant la bataille, aucun rescapé n’avait songé à s’inquiéter ou à s’enquérir du rang de qui lui rendait la vie. Le danger passé, ils avaient réagi chacun à sa manière, certains reconnaissants, d’autres honteux. À la fin, ils avaient convenu d’une réponse. Ils avaient été sauvés par leurs compagnons... Le mot était lâché. Pewortor ne l’avait pas oublié... Il aurait garde de n’en jamais perdre le souvenir. C’était la raison de son insultant dénombrement. Comment le lui reprocher ? Il en avait gagné le droit au combat.
S’il lui avait fallu aussi longtemps pour lui trouver une excuse et se rappeler les actions guerrières des auxiliaires, les autres n’y songeaient plus, ou les avaient rejetées. Ils auraient, même et peut-être surtout ceux sauvés par ces forgerons appelés par pudeur de caste « compagnons » , rougi qu’on leur rappelle ce beau nom. Il sous-entendait trop une idée d’égalité pour que leur mémoire l’ait voulu conserver.
Il les comprenait. Lui aussi, en dépit de ses dettes envers le maître forgeron, ne pouvait admettre qu’il soit leur égal. Encore moins les autres, envers qui il n’en avait aucune. Seuls comptaient les neres, comme dans le corps la tête et les membres, uniques éléments distincts et identifiables. Eux n’étaient que des membres par raccroc, comme les béquilles soutenant les blessés, aux yeux des plus indulgents ou des plus fous ; du viscère ou de la tripaille pour les autres... Et la tripaille ne se dénombre pas. Elle est, masse grisâtre et indifférenciée.
Cette masse avait toujours servi les neres. Jamais elle ne s’était posé de questions. Si elle prenait conscience de sa force ? Elle se considérerait à leur égal. Avec eux, contre eux ? Que pensait-elle ? Les paysans disaient trop souvent : Eux, les neres, nous, les wiroi, comme s’ils se pensaient différents, ou étrangers.
Il faudrait un péril bien grand pour que le corps entier se sente un... Face à des Muets hostiles, Pewortor disait juste avec son deux cents... S’il survenait un conflit entre neres et troisièmes castes trop ambitieux ? ... On ne compterait que les personnes. Il y aurait deux camps. Kleworegs connaissait le sien. Ils y seraient – les – moins nombreux.

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