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30/05/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 21)

TOUT CONTRE OU CONTRE


La troupe de Kleworegs allait, en silence, par la plaine infinie d’herbes sèches. « Deux cents, nous sommes tout juste deux cents ! ». À entendre Pewortor, leur patriarche des armuriers, ses voisins eurent un large sourire. Ce nombre, admirable de simplicité et de ronde perfection, était de bon augure. Ils le claironnèrent à tous vents.
Les neres, prêtres comme guerriers, sont friands du moindre intersigne. Ils le prirent pour bétail livré, s’évitant un amer dépit. Pour arriver à ce « deux cents » si favorable, le fabricant d’armes leur avait adjoint les auxiliaires, forgerons et charrons, colosses arrogants, hélas indispensables, chevauchant tout en queue ! Ils étaient nés pour ordonner au nom des dieux ou combattre. Inclure dans leurs rangs ce personnel d’intendance au moindre statut, afin d’obtenir un nombre propice, leur était entre douleur et scandale. Qu’importait la simple réalité ! Elle n’existait pas, contraire à l’ordre divin. Seul Kleworegs ne fut pas dupe. Il connaissait ses effectifs... et la loi. Qui naît ner est tout. Qui n’est ner n’est rien… si peu. Omettant d’instinct ces derniers, il savait la vérité.
Et pourtant, ils avaient leur place, leur rôle. Lui avait-on assez seriné qu’un peuple est tel un corps ! Impossible qu’il l’ait oublié ! Il reconnaissait l’importance des prêtres. Ils attirent la faveur des dieux et assurent leur soutien et leur protection à ceux engagés dans le bon combat. Sans ces détenteurs du savoir et du pouvoir d’entrer en contact avec les divinités et d’interpréter leurs signes, une nation est un corps sans tête. Elle erre au hasard, sans guide, volatile décapité continuant à courir. Comme lui, succombant vite sous les regards des paysans et des enfants hilares, elle périt accablée par ses ennemis, privée du bouclier des forces divines qui se vengent de son mépris et rient de son malheur.
Les prêtres, tête de toute entreprise, sont indispensables. Tout autant le sont les membres. Qu'ils ne soient, la tête seule ne vivra. Les guerriers – et Kleworegs, conscient de leur valeur, était très fier d’en être – étaient ces membres, solides comme le roc que seul brise le gel. Sans eux, membres puissants à la peau collant à la chair dure, aux fibres serrées, aux vaisseaux – affleurant entre chair et peau à la surface des muscles – palpitant comme pour fuir cette étroite prison, les visions grandioses et inspirées des prêtres-tête resteraient songes creux. Enfermés dans leurs rêves et leurs sanctuaires, ils tomberaient vite tributaires ou bétail de l’ennemi.
Ce n’était ni ne serait. Kleworegs, et tous les chefs, avaient toujours suivi l’ordre divin. Tête et membres, unis, agissaient de concert. Leur obéissance avait sa récompense. Chaque jour les voyait briser la superbe et la vindicte des impies.

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