Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

22/05/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 13)

Ils se mirent en route, le garçon à leur tête. Il n’avait rien oublié de son parcours. Il allait tout droit, les laissant marquer la piste. Ils parvinrent, sans se fourvoyer un instant, au champ du massacre, là où les bois coupe-vent s’étaient faits coupe-gorge. Il n’avait cessé, en chevauchant, de jouer avec sa lame. Déjà elle ne lui pesait plus. Sa volonté vengeresse l’avait faite fétu.
Une bande de corbeaux s’acharnait sur les cadavres. Elle s’envola à leur approche en croas discordants et hostiles. Un prêtre, horrifié de la profanation, suggéra de s’arrêter pour les enterrer. Il s’y refusa. Vengeance d’abord, hommage aux défunts ensuite.
Seul survivant de son clan, son rang lui permettait de rejeter les propositions de ceux qui parlent au nom des dieux. Il pouvait décider pour eux tous. Leurs âmes étaient plus pressées de se voir rejoindre par celles de leurs massacreurs sacrifiés que leurs corps de gésir dans la terre-mère. Le prêtre acquiesça. L’instinct du jeune homme, touchant au sacré, avait parlé juste. Les circonstances le révélaient... Et si les dieux avaient tramé ce carnage pour permettre son éclosion ? Non, c’était une telle abomination... Mais qui voit aussi loin qu’eux ? Qui leur tiendrait rigueur d’avoir coupé les mauvais bourgeons pour laisser croître ceux qui porteraient les meilleurs fruits ?
Une odeur de mort s’exhalait du charnier. Ils l’ignorèrent. Ils s’installèrent à côté. Ils l’auraient sous les yeux. Ils en respireraient les douceâtres effluves. Il était bon que soleil et bêtes n’aient pas eu le temps de s’y attaquer. L’horreur était assez présente pour accroître encore le désir de vengeance, sans être insupportable à donner envie de fuir. Elle entretiendrait le feu du combat sans dégoûter, par son excès, en montrant que d’un héros ou d’un être vil, le cadavre devient égale charogne. La puanteur des chairs putréfiées aurait pu désarmer les courages. Cette fade émanation les renforçait.
Les ralliés arrivaient par petits groupes. Leurs yeux se fermaient devant l’amas de corps mutilés ; leurs narines s’emplissaient de l’odeur miellée de la mort ; leurs âmes se soulevaient de dégoût et d’indignation. La nausée passée, une fois arrivés au camp, ne subsistait que cette dernière, et la rage de laver ce massacre par un massacre d’ampleur égale.

Les commentaires sont fermés.