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21/05/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 12)

« Les prêtres ont toujours, en notre nom, sacrifié aux dieux. Ils devaient être à l’écoute de leurs messages, nous obtenir leur soutien, et par leurs prières détourner de nous les assauts. Aucun ne les a entendus nous avertir du guet-apens. Et, le danger venu, malgré notre piété et notre courage, ils ne leur ont pas répondu. Je n’ai plus foi en eux. En ta valeur, oui ! »
« Ils sont morts. Les dieux eux-mêmes, devant leur carence, les ont châtiés… »
« … Et nous, innocents, avec ! »
« Tais-toi ! Notre roi et les autres prêtres sont pieux. Nous prospérons grâce à eux… et à moi, son chef, à qui il assure le soutien des divinités guerrières. Chaque fois que j’en ai besoin, je lui amène un bœuf ou un porc gras, et il me le garantit. »
« En somme, il fait ce que tu dis ? »
« Assez ! … »
Il se tut. L’adolescent était plus sage que lui. Il avait dit en une phrase ce qu’il ressentait depuis des années et n’osait exprimer. C’était lui qui, sous le couvert du roi-prêtre, décidait de tout parmi les siens. L’autre n’était que son relais, son porte-parole. Pourquoi ne s’en était-il pas rendu compte plus tôt ? Il lui arrivait souvent, en sa présence, de lancer une idée, oubliée au bout d’un ou deux quartiers de la Brillante. Le roi survenait alors, ameutant le village. Les dieux lui avaient parlé. Ils ordonnaient tel ou tel acte. Celui, comme par hasard, qu’il avait proposé… Et ce d’autant plus vite qu’il avait été plus généreux.
… Qu’avait-il pensé là ? Il ne pouvait y échapper. Comment le chasser de son esprit ? Retarder le moment de l’examiner, peut-être ? Qu’ils réussissent, il en serait bien temps… Pas en cet instant, surtout pas. Les guerriers et leurs armes avaient beau être forts, aucun secours spirituel ne devait être négligé… Ensuite ? … Nul mieux que les prêtres ne savait parler aux dieux. En étaient-ils les mieux placés pour commander aux humains ? Cette pensée, au moins, n’était pas sacrilège. Le roi est le plus digne, le chef le plus vaillant. Le même homme pouvait être les deux.
La réflexion viendrait plus tard. Place à l’action. Elle éloignerait les pensées-blasphèmes ; au besoin, les laverait dans le sang. Ce serait le signe. Que l’hôte périsse, tout ce qu’il avait dit et fait naître serait oublié à jamais. Sinon… L’ambition est une vertu de guerrier. Il saurait l’illustrer plus qu’aucun autre.
Le roi arriva. Le garçon ne laissa rien paraître de sa méfiance, le chef de son trouble. Ils le saluèrent avec ostentation. Il les conviait à l’appel de la protection divine. Celui-ci fini, ils partiraient.
Ils le suivirent. Il savait l’urgence de la poursuite. Il écourta au maximum son oraison. La mort des ennemis plaisait aux dieux. Il suffisait de demander leur aide. Fêtes et réjouissances auraient lieu après. Elles, seraient longues.

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