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20/05/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 11)

« Je me suis mal exprimé. Chaque coup porté sera bon. Les dieux ne permettront pas qu’un de nous périsse. »
Le chef grogna de nouveau, avec une vague nuance d’approbation.
Il releva la tête. Il avait vite rectifié son erreur, mais ne savait encore se bien tenir. Avant le malheur tombé sur ses épaules, rien ne l’avait préparé à son rang actuel… La perte de tous les siens l’avait fait roi. Elle ne lui en avait pas appris les façons.
Une légère tension subsistait. Un mot aimable la ferait chuter.
« Je loue encore les dieux. Votre vaillance et vos armes rendront notre vengeance si aisée ! »
Le chef sourit. Il en profita.
« On y va tout de suite, ou on attend les autres ? »
« Le roi va prier le ciel de favoriser notre expédition. Ça ne sera pas long. Ce n’est pas un sacrifice. Il va invoquer le guerrier divin et lui dédier tes Muets. Nous partirons juste après. «
« Que tes amis ne tardent pas ! Je brûle de me venger ! »
« Ne t’inquiète pas ! Les Muets vont en chars à bœufs. Nous irons plus vite. Ce soir, nous serons au complet. Il y aura quatre autres clans avec nous. Qu’en dis-tu ? »
« Magnifique ! »
« Six clans (Ah, il le comptait comme un clan à lui tout seul ! … Parfait, pourvu que les autres soient plus nombreux) ! Tes Muets ! … Il n’en restera qu’herbe rougie. »
Il fit une grimace.
« Ils seraient venus sans cela, mais pour les presser, je leur ai promis des armes de métal. »
Il semblait contrit. Il cédait une part de son pouvoir. Le jeune homme prit un tout autre visage. Qu’était son clan, devant leur peuple ? Il n’y avait rien à regretter, loin de là.
« Plus nous aurons de bonnes armes, plus nous imposerons notre paix à l’ennemi, plus nous étendrons, encore et encore, nos pouvoir et renom. »
« Oui, oui, peut-être. »
« … Et ceux que tu as ralliés t’aideront à nouveau, parleront en ta faveur dans les conseils. Qui sait s’ils ne voudront te faire roi ? Ils auront vu que ceux qui manient les armes ont la vraie force qui vient des dieux. »
Le chef jeta un regard furtif autour de lui. Pourvu que le roi n’ait rien entendu ! Sourcils froncés, un pli soucieux au front, il se tourna vers le jeune homme. Ces paroles frôlaient le blasphème et le sacrilège. Comment ses oreilles, de les avoir ouïes, la bouche du garçon, de les avoir proférées, ne s’étaient-elles pas carbonisées sur-le-champ ? Il y avait plus effrayant. Comment avait-il pu cracher une telle horreur alors même qu’ils partaient se battre ? Il allait parler. Il n’en eut pas le temps. 

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