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15/05/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 6)

Deux fois déjà, le chef de ses hôtes l’avait écouté. Il n’était pas encore satisfait. Il continuait à l’interroger, à le presser de questions, avide de tout comprendre, attentif à ne lâcher nul fil du lacis de l’assaut. Chaque point pouvait compter.
Il tentait d’avoir réponse à tout. L'hôte avait à cœur d’accomplir son devoir de vengeance. Il ferait tout pour l’aider à la mener à bonne fin. D'autres guerriers, assis à ses côtés, tendaient l'oreille. Ils y allaient parfois, eux aussi, de leur question. Certaines semblaient étranges, anodines, voire stupides, mais chacune se justifiait... Toutes témoignaient de leur sens et de leur science du combat.
Il se sentait bien. Les dieux l'avaient exaucé. Ceux chez qui ils l’avaient conduit connaissaient l’art de la guerre plus que personne, l’aimaient et, à la différence de la plupart, ne seraient pas gens à partir à l’aveuglette. N’eût été leur aspect de bons vivants, il se serait cru face à Thonros et sa troupe.
Mais le dieu des combats n’aurait pas eu besoin de poser toutes ces questions, d’éclaircir tous ces points. Il n’aurait pas eu à ses côtés un guerrier faisant couler par terre la moitié de son hydromel, ni un autre la morve au nez, se l’essuyant de la manche après chaque reniflement. Qu’importe ! Faute d’être ici, il avait mis sur sa route une élite armée. Cela se voyait à la beauté de leurs servantes, auprès de qui l’objet de son désir semblait une souillon, et à l’abondance des bijoux leur enserrant col et poignets. Ils n’avaient jamais connu la défaite.
De tels hommes n’ont peur de rien. Ce n’est pas sans frémir – non de crainte, du plaisir anticipé de l’écrasement de ses bourreaux – qu’il entendit leur chef ordonner aux siens de partir rallier les clans voisins : Butin considérable et sang à laver les attendaient. Lâche et indigne qui ne se joindrait à lui ! Ils partirent dans la nuit. Il revint à son idée première. Sous le commun masque de l’humaine nature, les dieux de la guerre étaient devant lui. Qu’importait sa mort ! Sa vengeance serait accomplie.
... Mais est-ce un dieu qui vous dit, se pinçant le nez, que vous puez le cadavre, et d'aller vous laver ? Est-ce un dieu qui vous laisse un cruchon d’hydromel et vous conseille de le boire à petites gorgées pour ne pas vous étouffer ? Les dieux ne montrent pas cette sollicitude. Il était vivant ! Devant lui, souriant, se tenait le vengeur des siens, le fléau de leurs assassins. Il n’en doutait plus. Homme, dieu, il les ferait expier.

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