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27/04/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 3)

Les ennemis, en embuscade, avaient bien choisi. Le clan était trop engagé au sein des fourrés. Il ne pouvait manœuvrer. Ils s’élançaient, en un discordant concert de cris et d’imprécations. Leurs archers le criblaient de flèches, de ces flèches barbelées, au bout en arête, qu’on ne retire qu’au prix de sa chair. D’autres lançaient leurs javelots, à pointe barbelée comme les traits, et aussi perfides. Le reste se précipitait, l’épieu ou le court poignard de silex à la main. Les épieux fouillaient les chairs. Le silex lancéolé les lacérait. De rose, l’avenir s’était fait rouge et noir. Il avait saisi son arme ; il s’était jeté contre l'ennemi au sein ardent du combat.

Était-ce l’ivresse du sang, cette fureur qui l’avait envahi ? Quel nom donner au tourbillon auquel il s’était livré ? Il avait frappé. Sa lame avait fouillé des ventres ennemis, tranché des gorges forcées à s’offrir par sa rage homicide. Tue, tue, tue ! Ce cri résonnait dans sa tête... S’il ne devait se taire qu’à la mort du dernier ?

… Et tout était devenu noir.

Il s’était réveillé... plus tard. C’était toujours la même nuit, striée d’écarlate. Un horrible silence régnait, à peine rompu par les cris des choucas. Il avait tenté de bouger. Si ses muscles répondaient, une pesanteur à lui interdire de se mouvoir jamais écrasait ses épaules. Il avait fini par se libérer un bras. Moitié poussant, moitié tirant, il s’était ouvert une trouée. Il agitait sa main. Le vent soufflait dessus. Il devait mieux écarter, ouvrir plus larges ses paupières collées.

Le vague souvenir lui revenait, par bribes légères, effilochées comme les petits nuages de beau temps, d’un fait important, grave, tragique. Il y avait sans doute pris part. Pourquoi était-ce si flou, si ténu ? Pourquoi sa mémoire restait-elle engluée, captive, comme lui de cet amas de corps sanglants ?

Ces corps ! Les questions étaient inutiles. Il avait fini par ouvrir les yeux. Bien à tort. Un tel carnage ! Il commença à se dégager du charnier où il était resté – longtemps ? – enseveli. Il y voyait enfin clair. En quelques mouvements, il se sortit du monceau de cadavres des siens et aussi, grâces aux dieux ! de leurs ennemis.

26/04/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 2)

Le combat résonnait dans sa tête, y vivait. Y vivrait, au moindre détail, à jamais. Ils revenaient d’un raid qu’il n’aurait jamais oublié. C’était son premier. Le butin en avait été plantureux. N’y manquaient ni captifs encore farouches (Qu'ils en profitent ! La servitude saurait les briser.), ni chevaux agiles, ni gras bovins... sans oublier les peaux, les vivres, les bijoux, le sel, et surtout leurs idoles, statuettes grossières et vermoulues. Il n’était prise plus prisée. Arrachés de haute lutte à des fidèles prêts à mourir pour eux, ces trophées témoignaient de leur vaillance. Ils s’en approprieraient les vertus... Et les hommes immolés à leur courroux sauraient, de l’au-delà, leur défaite. Ils en sauraient gré à leurs vengeurs. Ils les avertiraient de tout péril en se glissant dans leurs songes.
Sa tribu se sentait en sûreté. Son butin était abondant, l’âme de ses guerriers sereine. Leur lente avance, femmes et enfants à la traîne, ne leur pesait guère. Les dieux les avaient favorisés. Pourquoi les rejetteraient-ils soudain ? Elle avait pour eux un profond respect. Il ferait beau voir que l’un d’eux osât n’y répondre. Il paierait son ingratitude. Nul ne lui sacrifierait plus. Le feu s’éteindrait sur ses autels… Il reviendrait vite à de meilleurs sentiments !
Il ventait fort. Les âges extrêmes frissonnaient. Ils avaient coupé par les bois. « Ce sera un abri, et un raccourci », avait dit le roi. Et tous avaient loué sa sagesse. Rien ne manquait à leur bonheur, qu’une halte. Aucune clairière ne s’y était prêtée. Si ce pouvait être la prochaine, là-bas !
À quoi pensaient, alors, ses frères ? Lui – dernier souvenir agréable – à une jeune captive, belle comme lune, sale comme truie. Il la demanderait lors du partage. Il en avait fait assez, à son premier raid, pour se la voir accordée. Nul ne conteste à un hardi compagnon une exigence raisonnable. Épouillée, lavée, la rondelette serait de plaisant commerce.
Soudain, un hurlement avait retenti.

24/04/2007

AUBE - LA SAGA DE L'EUROPE (p 1)

LA PIERRE-SOLEIL

 

  

IL

 


... Flanc fendu, boitant bas, il était rentré de sa chasse ; il avait appris l'outrage fait aux siens ; il était reparti, blessures bannies. À quoi bon chercher plus avant ! L'honneur à venger ne souffre pas l'attente.

Pour mener sa quête, il n'avait qu'un nom : Kleworegs, roi du clan du Cheval ailé.

C'était le nom de sa cible. C’était assez.

... Il prit sa piste.

 

Pourquoi n'avait-il pas été là le jour de l'affront ? Il aurait su l'empêcher, lui... Il fuyait sa vie d'avant... si morne, si lourde d'ennui.

 

Pourtant, tout autour de lui, à son insu, le monde était en marche. Mais comment, fils d'un fief perdu, aurait-il connu les arcanes du siècle et les secrets des rois ?

 


 

ENCORE LA NUIT

 

 

De la tête aux pieds, l’homme seul dans la steppe n’était que sang. Il courait – cheveux collés, raidis en épaisses touffes poisseuses, visage tiré sous la couche noirâtre de sève séchée, vêtements imprégnés de la rouge liqueur –, unique rescapé d’une proche tragédie, d’un aveugle massacre régal des corbeaux. Le guerrier ondoyé de tout ce sang avait mené un combat sans merci. Les coups les plus féroces y avaient été portés ; les vaincus, exterminés sans recours. Maintenant seuls les lièvres, détalant devant lui, comme lui, voyaient sa douleur, sa honte.

Il ne fuyait pas. Il avançait à fermes foulées, toutes forces bandées, se refusant tout répit ou repos. Un seul souci le poussait : rencontrer, avant que ses assaillants ne soient trop loin avec leur butin, un parti des siens. Jusque là, il se l’était juré, il ne cesserait de courir.

Il devait le croiser avant la nuit. Passé ce délai, les Muets maudits auraient pris trop de champ. Nul espoir alors de les rattraper. À cette allure, il pourrait tenir son serment. Il ne s’écroulerait pas, fauché par la fatigue, laissant l’ennemi prendre un surcroît d’avance. Chaque foulée le rapprochait de la vengeance. La moindre pause était sacrilège.

Il courait, cœur empli de honte et de colère, corps souillé de sang. S’il avait pu couler de la gorge de ses vainqueurs ! Cruelle réalité ! Cette sève de vie enfuie était un acide. Traversant sa peau, elle venait lui ronger, lui brûler l’âme. Il devait les retrouver et s’en laver dans le leur. Il ressentirait, sinon, cette morsure à jamais. (« Encore un effort, les tiens sont tout près. Cours, cours, comme si ta vie en dépendait ! ... Elle en dépend. La vie de qui n’a vengé les siens ne mérite plus ce nom. »)

23/04/2007

AUBE, LA SAGA DE L'EUROPE - PRESENTATION

 Je souhaite présenter sous forme d’un feuilleton une partie de mon livre, qui est une saga historique sur la préhistoire de l'Europe. Bien sûr, chacun pourra commenter, qualifier mon texte de génial (merci) ou de nul (merci aussi, s’il m’explique pourquoi). Vous constaterez à la lecture du résumé que AUBE, la saga de l’Europe, est un roman historique, à cela près que la période traitée ne nous est connue que par déduction et en fonction de faits qui n’ont été connus que 20 à 45 siècles après les événements décrits. Tout est possible, sinon probable, mais aucun de mes personnages n’a évidemment d’existence historique attestée par des documents ou des témoignages de l’époque. C’est ainsi que les choses ont dû se passer. C’est tout. Mais aujourd’hui, un petit résumé de l’histoire qui commencera le mardi 24 avril au rythme d’un extrait par jour

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Saga historique, épopée au ton d’heroic fantasy, AUBE raconte l’histoire des Indo-européens, ancêtres des nations de l’Europe, d’une partie de l’Asie, des Amériques et de l’Océanie.
Cette saga de l’Europe se déroule à l’aube des peuples, à la fin de la préhistoire, moment où l’histoire commence et où la civilisation apparaît. A l’est de l’Europe vit cet ensemble de tribus aux institutions et au langage communs qui sont la base de la plupart des langues, des mythologies et des systèmes politiques et sociaux de l’Occident. AUBE raconte leur histoire au travers de celle de quelques-uns de leurs représentants à cette époque cruciale où leur peuple éclate et se disperse.

LIVRE I : LA PIERRE-SOLEIL
- On n’aurait pas dû !
Non, ils n’auraient pas dû s’arrêter au village des loutres, mais ils étaient si las, après une saison de combats, et il était si près… Ils auraient mieux fait de camper dans un champ d’orties
Ils avaient vite compris. Ils l’avaient traité selon ses mérites, et étaient partis. La gloire et les honneurs les attendaient. Ils devaient s’en aller !? C’était tant mieux !
… C’était tant pis.

LIVRE II : LE PRINTEMPS SACRÉ
L’ambition est une qualité… mais si elle se heurte à un homme trop favorisé, tout change. Elle devient la mère de tous les crimes.
Parce que les dieux l’ont mis en travers de l’ambition de Thonronsis, Kleworegs va devenir l’objet de sa haine. Il va échapper à plusieurs tentatives de meurtre… jusqu’à ce que l’une d’elles soit bien près de réussir.
… Et si la mort ouvrait la porte sur un autre monde… Si la volonté de refuser ce monde l’emportait sur la fatalité du destin promis ?

LIVRE III : PLAINE ET FORÊT
(”J’ai voulu lui donner sa chance !” )
Kleworegs, favorisé et élu par les dieux, en a fait un peu à sa tête avec les lois humaines. C’était un amusant défi d’offrir à Udnessunus, paysan roublard, les mêmes opportunités qu’à un roi. Malgré ses qualités, il ne saurait quoi en faire.
Il avait bien choisi son homme… trop bien. Udnessunus a réussi très au-delà de ses espérances, à faire honte à bien des rois… Et même à lui, à qui la chance n’a guère souri.
Laissera-t-il la jalousie l’emporter ?

Vous en saurez plus à partir de Mardi 24/04/07.